Accueil > Maroc, Polisario, Sahara > « MINURSO : À quoi joue le polisario ? »

« MINURSO : À quoi joue le polisario ? »

Débordé par la montée au créneau de la contestation aussi bien de l’intérieur des camps de Tindouf qu’à l’étranger, le polisario recourt désormais à la provocation ouverte de la MINURSO pour masquer le retour de ses combattants déployés auprès de Kaddafi et l’acquisition d’armes des arsenaux de l’armée libyenne déchue.
Il serait facile pour une personne qui s’intéresse à la géopolitique de la région du Maghreb, d’observer que le polisario passe par une zone de turbulence, et une phase cruciale de son existence provoquée essentiellement par les voix de contestation qui s’élèvent depuis les camps de Tindouf au sud de l’Algérie, qui semblent à leur tour atteints par le vent du printemps arabe, et par la perte de l’un des principaux tuteurs de cette entité rebelle, à savoir le guide libyen déchu Moamar Kaddafi qui est considéré comme le fondateur et le principal pourvoyeur de ce mouvement séparatiste.
La situation imprévisible régnante en Algérie, et l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations entre les autorités marocaines et le polisario, ne font que rajouter de l’huile sur le feu à cette situation confuse qui caractérise le quotidien d’une population prise en otage entre un statut de réfugié tant médiatisé et imposé par le polisario et la réalité d’une séquestration de fait.
Outre les mouvements de contestation politique, sociale et tribale qui rythment ainsi le vécu des populations des camps de Tindouf où la voie d’un chanteur nommé « Najem Allal » dénonçant la situation désespérante des populations des camps, peine a se faire entendre en raison des restrictions qu’il subit de la part des esprits les plus caciques de cette entité fantoche, ces derniers mois ont été marqués par une tension palpable entre les dirigeants du front du polisario et les responsables de la MINURSO chargés de faire respecter les clauses du traité de cessez-le-feu conclu entre le Royaume du Maroc et le Front du Polisario sous les auspices des Nations Unies.
Ainsi, le polisario qui est sur ses nerfs ces derniers temps affiche une grande méfiance à l’égard des responsables de la MINURSO, ce qui s’est illustré à maintes reprises, par des provocations flagrantes ayant pour objectif non déclaré la perturbation du travail des patrouilles de la MINURSO aussi bien a l’intérieur des camps de Tindouf, que dans la zone tampon se trouvant à l’Est de la ligne de défense.
La détérioration de cette relation a eu comme prémices l’incident du 01.09.2011, lors duquel une patrouille des forces de la MINURSO, qui effectuait son travail d’inspection habituel, a été surprise par la confiscation de la caméra de l’un de ses membres par les militaires du polisario avant qu’elle ne soit restituée par l’un des hauts cadres militaires du polisario aux responsables de la mission onusienne.
Cet acte ne pourrait pas être qualifié d’isolé ou d’accidentel, puisque pas moins d’un mois après les responsables du polisario, avaient pris la décision, qui a été d’ailleurs communiquée aux responsables de la MINURSO, d’interdire toute patrouille onusienne si elle n’est pas escortée par les militaires du polisario.
Et au moment de la rédaction de cet article, les forces du polisario persistent dans la commission de leurs provocations en saisissant un moyen radio à une patrouille de la MINURSO, ce qui met le polisario en contradiction avec les clauses du traité de cessez-le feu signé en 1991.
Ces différents incidents nous poussent à se poser plusieurs questions, en l’occurrence celles relatives aux motivations et mobiles ayant conduit les dirigeants du polisario à prendre ces décisions et à hausser le ton à l’égard d’une instance qu’ils qualifiaient dans un passé proche comme étant leur protectrice à l’égard de « la répression marocaine ».
Plusieurs analyses peuvent apporter un semblant d’explication adéquate à cette question, mais ce qui est indéniable c’est le désarroi flagrant dans lequel se sont glissés les décideurs de ce mouvement rebelle, provoqué essentiellement par la chute du régime de Kaddafi et les positions ambigües de la diplomatie algérienne à l’égard de la situation en Libye, sans oublier l’impatience des populations des camps devant la persistance d’une situation sans horizon.
D’autres analyses préconisent que la détérioration des relations entre le polisario et la MINURSO n’est qu’un leurre mis en œuvre par les dirigeants du front afin de masquer le retour de leurs combattants de Libye et la rénovation et le renforcement de leur matériel de guerre par des armes et des moyens de locomotion puisés depuis les magasins et les arsenaux du guide libyen déchu, surtout que plusieurs organes de presse ont fait état lors des dernières semaines de la présence dans les camps de Tindouf d’un important lot de voiture tout terrain comportant des armes récupérées depuis la Libye.
À rappeler que les clauses conclues entre le Maroc et le polisario en 1991 sous les auspices des Nations Unies, stipulent que les effectifs et l’armement recensé auprès de chaque partie belligérante (Maroc polisario) au moment de la signature de l’accord de cessez-le feu, ne doivent en aucun cas subir des modifications tant que ledit accord est respecté.
Par contre, certains observateurs n’hésitent pas à faire le lien avec la recrudescence des activités des réseaux de trafics de drogues dures et donc mettent en accusation les hauts dirigeants de l’armée du Polisario, dont des chefs de régions militaires, l’image du récent incident survenu, le 06.09.2011, lorsqu’un gang malien a enlevé quatre militaires du polisario dans le cadre d’un règlement de compte entre trafiquants.
En guise de conclusion, il est évident aux yeux du commun des mortels que devant la situation régnante au sein des camps de Tindouf et tenant compte de la conjoncture internationale et régionale, le polisario est appelé à prendre des décisions existentielles notamment en vue de son prochain congrès prévu le 15 Décembre où un consensus s’assoirez sur la nécessité et l’impératif du départ de l’équipe dirigeante actuelle.
L’urgence de la situation ne tolèrera ni un retard ni un toilettage de la part des dirigeants de cette entité qui, tantôt, joue la carte d’un gouvernement en exil auprès de certaines républiques bananières qui persistent encore dans la reconnaissance d’un Etat fantoche nommé « rasd », et tantôt, celle d’un mouvement de libération réprimé échappant à la légalité internationale, laissant croupir à Lahmada toute une population qui ne garde de l’illusion révolutionnaire que le souhait de retourner au pays et obtenir une vie digne.

Ali Moussaïd, chercheur spécialisé dans la géopolitique maghrébine.

Catégories :Maroc, Polisario, Sahara Étiquettes :
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :